vendredi 13 février 2009

Jean-Marie Blas de Roblès : « Là où les tigres sont chez eux » aux éditions Zulma


C’est un formidable voyage spatio-temporel que nous fait vivre Jean-Marie Blas de Roblès avec ce long et captivant roman. Le fil conducteur est Athanase Kircher, prête jésuite du XVIIe siècle très érudit à qui l’on attribut l’invention du microscope et autres machines. Son histoire nous est contée en 32 chapitres dans lesquels s’enchevêtrent d’autres récits se déroulant à notre époque. On croise ainsi Elaine, archéologue partie en mission au Brésil dans la forêt amazonienne et dont l’aventure finira tragiquement. On suit également José Moreira da Rocha, gouverneur corrompu qui n’hésite pas à assassiner femmes et enfants pour ses projets spéculatifs. On s’attache, de même, au personnage de Nelson, gamin handicapé des favelas et qui nourrit une terrible vengeance.
Au fil du roman, tous ces personnages vont s’entrecroiser et donner forme et vie à ce récit palpitant.

Olivier Adam : « Des vents contraires » aux éditions de l’Olivier


En venant s’installer à St Malo, ville de son enfance, avec ses deux jeunes enfants, Paul Anderen fuit une cruelle réalité. Celle de la disparition mystérieuse de sa femme et du profond désarroi dans lequel cette absence les plonge.
C’est dans ce paysage marin balayé par les vents et les embruns que Paul tente de redonner un sens à la vie et l’espoir à ses enfants. Mais comment y parvenir lorsque l’absence prend la forme de nuits sans sommeil et d’oubli dans l’alcool. Comment mettre des mots sur l’inexplicable ?
Avec ce sixième roman, Olivier Adam nous transporte dans son univers habituel, celui des gens ordinaires dont on parle peu en littérature. On croise ainsi un déménageur séparé de son fils et tentant de renouer les liens, un commercial licencié devenu SDF ou encore une jeune fille des banlieues poussée à la fugue par le comportement d’un beau-père violent. Tous nous plongent dans l’intime et nous amène quelque part à l’identification, c’est ce qui fait la force des romans de cet auteur désormais incontournable.

Catherine Cusset : « Un brillant avenir » aux éditions Gallimard


Helen vit aux Etats-Unis avec son époux Jacob et leur fils Alexandru. Ce bonheur familiale cache pourtant un passé difficile. Car Helen/Elena a traversé sa jeunesse dans la Roumanie de Ceausescu, s’est battu pour mener à bien ses études de physicienne et pour imposer à ses parents antisémites un mari juif. Déterminée, la famille émigre aux Etats-Unis où ils espèrent pour eux mais surtout pour le fils « un brillant avenir ».
Seulement, ce bel équilibre familial est perturbé par l’arrivée de Marie, jeune française débarquée à New York qui finit par épouser Alexandru.
Helen voit dans sa belle-fille une rivale (peur de perdre l’amour de son fils, peur que ce dernier abandonne sa carrière, peur qu’elle l’amène vivre en
France …) Helen engage alors contre Marie une guerre mesquine, faite de reproches et de silences aussi. Ce roman trace un très beau portrait de femme qui se construit comme un puzzle à travers le temps et l’espace.

Sandro Veronesi : « Chaos calme » aux éditions Grasset


Alors qu’il vient de se comporter en héros sur une plage en sauvant de la noyade une femme, Pietro apprend en rentrant chez lui que sa compagne vient de décéder brutalement. Après l’hébétude due au choc, Pietro constate qu’il ne ressent aucun chagrin, qu’il vit dans une sorte de « chaos calme » qui englobe également sa fille Claudia, âgée de 10 ans. En l’accompagnant un matin à l’école, il décide de ne plus quitter sa voiture garée face à l’établissement. Laissant tomber travail et obligations familiales, il observe le monde autour de lui et vo it arriver jour après jour collègues et amis venus s’épancher sur leurs propres problèmes. Il devient alors involontairement l’oreille plus ou moins attentive de tous ces hommes et femmes qui le temps d’un moment renonce à la comédie sociale.
A la fois drôle et cynique, ce roman ne laisse pas indifférent. Il a d’ailleurs été porté à l’écran par Antonello Grimaldi (avec N. Moretti dans le rôle de Pietro) et sortira en France le 10 décembre.


Natacha Appanah : « le dernier frère » aux éditions de l’Olivier


C’est une vrai bouffée de fraicheur que de se plonger dans le roman de cette Mauricienne qui relate un fait méconnu de la Seconde guerre Mondiale – la déportation sur l’île Maurice de 1500 juifs refoulés de Palestine en 1940 et internés jusqu’en 1945 –
Ce fait historique sert de trame à une belle histoire d’amitié. Raj, 9 ans, vit pauvrement dans une plantation de cannes à sucre, entre un père coupeur de cannes violent et alcoolique, une mère aimante et protectrice et deux frères tant adorés. Ces derniers meurent accidentellement lors d’un cyclone, la famille quitte alors les champs pour la ville ou le père devient gardien de prison.
C’est dans ce lieu d’enfermement que Raj fera la connaissance de David, orphelin blanc, chétif aux boucles blondes. Entre ces deux enfants du malheur (l’un ravagé par la mort de ses frères, l’autre arraché à sa terre natale) naitra une belle affection qui se terminera en fuite fatale. Un très joli roman du souvenir et de l’absence.